Comment savoir si la trésorerie est bonne ?
La trésorerie nette d’une entreprise peut afficher un solde positif et masquer une fragilité structurelle. Pour savoir si la trésorerie est réellement bonne, il ne suffit pas de regarder le solde du compte en banque : il faut croiser plusieurs indicateurs, analyser leur évolution dans le temps et vérifier la qualité des liquidités disponibles.
Indicateurs de trésorerie : tableau comparatif des signaux à surveiller
| Indicateur | Signal favorable | Signal d’alerte |
|---|---|---|
| Trésorerie nette (FRNG – BFR) | Positive de façon stable sur plusieurs mois | Positive mais dépendante d’un découvert bancaire ou de financements court terme renouvelés |
| BFR en jours de chiffre d’affaires HT | Inférieur à 60 jours | Supérieur à 60 jours de CA HT (justifie un audit du BFR) |
| Flux de trésorerie d’exploitation | Positif et couvre les échéances fournisseurs, fiscales et sociales | Négatif plusieurs mois consécutifs |
| Ratio liquidités / dettes court terme | Supérieur à 1 | Inférieur à 1, même avec un résultat comptable bénéficiaire |
| Plan de trésorerie prévisionnel | Glissant sur 12 semaines, mis à jour chaque semaine | Tableau annuel figé ou inexistant |
Ce tableau met en lumière un point souvent négligé : une trésorerie positive peut masquer une fragilité si elle repose sur du découvert. Le solde bancaire seul ne dit rien de la qualité des ressources qui le composent.
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BFR et fonds de roulement : les deux calculs qui précèdent tout diagnostic
Avant de qualifier la trésorerie de bonne ou mauvaise, il faut comprendre ce qui la fabrique. La trésorerie nette résulte de l’écart entre le fonds de roulement net global (FRNG) et le besoin en fonds de roulement (BFR).
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Fonds de roulement net global
Le FRNG correspond à l’excédent des ressources stables (capitaux propres et dettes à long terme) sur les emplois durables (immobilisations). Quand cet excédent est élevé, l’entreprise dispose d’un matelas pour financer son cycle d’exploitation.
Besoin en fonds de roulement
Le BFR mesure le décalage entre les encaissements clients et les décaissements fournisseurs. Plus les délais de paiement clients sont longs par rapport aux délais fournisseurs, plus le BFR gonfle et absorbe les liquidités.
Un BFR supérieur à 60 jours de chiffre d’affaires HT constitue un signal d’alerte fort, selon les recommandations de cabinets spécialisés. Ce seuil justifie un audit spécifique du poste clients, du stock et des conditions fournisseurs, au-delà du simple constat d’un solde positif ou négatif.
Plan de trésorerie prévisionnel glissant : le vrai outil de pilotage
Les articles qui se limitent au calcul de la trésorerie nette passent à côté de l’outil opérationnel le plus utile pour une TPE ou une PME : le plan de trésorerie prévisionnel glissant.
Le standard recommandé par les praticiens de la gestion de trésorerie est un prévisionnel glissant sur 12 semaines, actualisé chaque semaine. Ce format remplace avantageusement le tableau annuel figé qui ne capte ni les variations saisonnières ni les décalages ponctuels.
Ce plan semaine par semaine doit intégrer :
- Les encaissements clients prévisionnels, ventilés par échéance réelle (pas par date de facturation)
- Les décaissements fournisseurs, loyers, salaires et charges sociales avec leurs dates exactes de prélèvement
- Les échéances fiscales, en particulier les pics de TVA et d’IS provisionnés explicitement, souvent oubliés dans les tableaux simplifiés
- Les remboursements d’emprunts et les éventuelles lignes de crédit mobilisées
L’anticipation des échéances fiscales est reconnue comme un critère déterminant d’une bonne trésorerie. Un solde confortable en milieu de trimestre peut fondre en quelques jours au moment du règlement de la TVA ou d’un acompte d’IS.
Trésorerie négative au bilan : que faut-il réellement en déduire ?
Une trésorerie nette négative signifie que le BFR dépasse le fonds de roulement. L’entreprise finance une partie de son cycle d’exploitation par des concours bancaires court terme (découvert, escompte, affacturage).
Cette situation n’est pas automatiquement critique. En revanche, elle devient préoccupante quand :
- Le découvert autorisé est utilisé en permanence, sans retour à un solde positif sur le mois
- Les lignes de financement court terme arrivent à renouvellement dans un contexte où la banque pourrait resserrer ses conditions
- Les délais de paiement fournisseurs s’allongent de façon non négociée, signe que l’entreprise « tire » sur ses partenaires pour compenser le manque de liquidités
Les praticiens recommandent de négocier les lignes de crédit quand la trésorerie va bien, pas en situation tendue. Une entreprise qui attend d’être en difficulté pour demander un découvert supplémentaire obtient des conditions moins favorables, voire un refus.

Flux de trésorerie d’exploitation : l’indicateur que le bilan ne montre pas
Le bilan donne une photo à un instant T. Il ne dit rien de la dynamique des flux. Une entreprise peut afficher une trésorerie nette positive au 31 décembre et se retrouver en tension dès janvier, après le paiement des charges de fin d’année.
Le flux de trésorerie d’exploitation (encaissements liés à l’activité moins décaissements liés à l’activité) complète le diagnostic. Un flux d’exploitation durablement positif couvre les échéances sans recourir à l’endettement. C’est le marqueur le plus fiable d’une trésorerie saine.
Le rapprochement entre résultat net et flux de trésorerie d’exploitation révèle aussi les situations où le bénéfice comptable ne se traduit pas en cash : créances clients en retard, stocks qui gonflent, charges constatées d’avance qui décalent la réalité des paiements.
La qualité d’une trésorerie se mesure donc à trois niveaux : le solde net (FRNG moins BFR), la nature des ressources qui composent ce solde (fonds propres ou découvert), et la régularité des flux d’exploitation semaine après semaine. Un seul de ces trois niveaux ne suffit pas à poser un diagnostic fiable.